La mission de la compagnie

Le collectif des Bêtes sur la Lune a pour ambition de faire du « théâtre utile » et de créer une forme d’expression artistique originale au service de son message citoyen. Il privilégie diverses formes d’investissement artistique allant des comédiens professionnels à des jeunes de 11 à 16 ans, venant travailler sur ces textes lors d’ateliers de quartiers autour des thèmes chers au collectif : l’identité, l’intégration et les conflits intergénérationnels. La transmission est au cœur de son fondement artistique et de sa recherche, basé sur l’échange avec cette jeune génération. Pour son projet, la compagnie a été lauréate du prix Paris Jeune Talent 2010 et a reçu le soutien d’organismes publics tels que la mairie de Nanterre et la Direction Départementale de la Cohésion sociale du 92 en gagnant un Défi Jeune avec le dispositif « Envie d’Agir ».

Pourquoi "les Bêtes sur la Lune"?

En souvenir de la pièce de Richard Kalinoski, la première pièce de théâtre que j'ai vu, en 1999 à l'âge de 18 ans. Je n’avais jamais été au théâtre sauf pour une représentation de l’Avare en sortie scolaire en CM2, pièce qui m’avait laissée prodigieusement indifférente (« ils parlent bizarrement et puis qu’est-ce que c’est long », me suis-je dit à l’époque du haut de mes 10 ans). Mais là, sur la scène nationale du Théâtre de Sartrouville, quand Simon Abkarian est entré en scène j’ai eu une révélation : le théâtre permet de nommer les choses innommables... Il permet d’exprimer ces émotions que nous ne savions même pas avoir en nous, de raconter les histoires oubliées avec 3 fois rien ! Le pièce s'intitulait Une bête sur la Lune, mise en scène par Irina Brooks et racontait l’histoire d’un homme et d’une femme de la première génération d’Arméniens, qui ont survécu au génocide perpétré par les Turcs en 1915, et qui ont réussi à émigrer vers les États-Unis, terre d’accueil et de liberté. C'était la confrontation entre deux mondes, l’ancien et le nouveau : le monde de la tradition, de la répression, mais aussi le monde qu’on a aimé et perdu, contre le nouveau monde, celui de la modernité et de la soi-disant liberté propre aux pays occidentaux. C’était notre histoire à tous, réfugiés, immigrés. Elle a mis des mots sur une émotion encore mal définie à l'époque. Je ne savais pas décrire le mal-être qui accompagne le fait d’être un étranger qui apprend à vivre dans un autre pays que le sien, coincé entre 2 mondes. C’est ce qui m’a donné l’envie de créer la compagnie des Bêtes sur la Lune : un espace de liberté ou l’on allait créer des pièces qui racontent enfin nos histoires ! Celles des enfants venus d’ailleurs, qui ont grandi ici. Et dans ce lieu, on pourrait échanger et apporter nos envies, nos impulsions, nos expériences, nos métissages… Dix ans plus tard, le pari est enfin lancé, et la compagnie voit le jour en février 2010 rassemblé autour de sa première création « Au revoir Pays ». Ce collectif, je le vois comme une seconde famille destinée à créer un espace de liberté autour de l’artiste. Il deviendra, je l’espère, un lieu de création contemporaine où les frontières entre les différents arts de la scène (théâtre, danse, musique, art visuels...) sont de plus en plus ténues, et où l’on mélange des arts et des histoires venus du monde entier.

 

      Thiane Khamvongsa