« On navigue ici comme des espèces d’humains patchworkés, bardés de morceau de vie, mais on fait ce qu’on peut ! J’ai l’impression de trahir tout le monde en permanence parce que dans les deux camps, on me demande toujours de faire un choix impossible : abandonner une histoire et la remplacer par une autre.»

Extrait d’une réplique de la Fille aînée s’adressant à sa Mère

 

Résumé

En 1975 au Laos, après vingt-cinq ans de guerre, le changement de régime contraint une famille à quitter ses terres. Elle entreprend alors un voyage périlleux qui la mènera jusqu’à une cité de la banlieue parisienne.

 

Une histoire dans l’Histoire

 Au revoir pays est une pièce qui parle de la mémoire… de cette mémoire qui fait l’histoire. Pasolini écrivait « l’histoire c’est la connaissance des pères ». Sa finesse réside à ne pas dire s’il parle de l’histoire en tant que fiction ou de celle avec un grand H. Bien entendu il s’agit toujours des deux. La guerre au Laos a été une grande oubliée dans l’Histoire et cette pièce, écrite à partir de témoignages réels de réfugiés politique laotiens donne enfin la parole aux survivants trente-cinq ans après les faits. Le destin de cette famille épouse alors le destin des peuples en ayant la justesse d’y poser aussi la question de l’individu et de sa construction. La chronologie des événements y a été volontairement déconstruite, car raconter cette histoire, c’est aussi montrer comment le passé habite le présent et l’avenir, façonne les désirs et les peurs. Chacun de nous porte ce qu’il est et porte ceux qu'y ont été avant eux. 

 

Une réflexion sur la quête identitaire

 Quelle vie après la guerre ? Que veut dire aujourd’hui être immigré ? A travers ce texte largement autobiographique, l’auteur, apatride pendant 25 ans, incite le public à s’intéresser à la problématique de l’exil du point de vue de l’immigré et non plus du point de vue de l’économiste, du politicien ou même du citoyen français. Il s’agit ici de rappeler que derrière chaque migrant il y a une histoire d’homme. Au-delà de la douloureuse description du déracinement, cette pièce invite surtout à la réflexion, sans donner des réponses faciles, mais en posant les questions: Comment recréer un sentiment d’appartenance à une terre lorsqu’on vit dans un pays d’adoption ? Entre la volonté de s’intégrer et la capacité intégratrice de la société d’accueil, ou placer le curseur ? Où s’arrête l’intégration et où commence l’assimilation ? Jusqu’où sommes-nous prêt à aller pour accepter la différence de l’autre ?

 

Le spectacle

Un texte, une table, des chaises, des voix. .. Le choix d’une lecture mise en espace se justifie par une volonté de se débarrasser du superflu pour ne laisser entendre que l’essentiel. Cette table, c’est l’élément central, le lieu de rencontres ou les membres de la famille partagent des repas, s'interrogent, revivent des moments du passé. Et peu à peu les espaces se mélangent, les temporalités aussi, et le présent s’éclaire. Surgissent les figures croisées, celles des officiers néo-lao venus opérer des rafles, des fonctionnaires français chargés de l’accueil des immigrés, comme des fantômes, déshumanisés comme des souvenirs, ou bien d’un théâtre exécuté pour et par la famille dont l’aboutissement est la réconciliation. Comme un rituel antique dont le but est de retrouver une harmonie brisée par l’Histoire. Celle-ci passera par l’Autre, qui enfin entrera dans le cercle familial autour de cette table, non plus comme figure déstabilisante, mais au contraire comme source de joie.

 

La compagnie

Les Bêtes sur la Lune ont pour ambition de faire du « théâtre utile » et de créer une forme d’expression artistique originale au service de son message citoyen. La compagnie privilégie diverses formes d’investissement artistique allant des comédiens professionnels à des jeunes de 11 à 16 ans, venant travailler sur ces textes lors d’ateliers de quartiers autour des thèmes chers au collectif : l’identité, l’intégration et les conflits intergénérationnels. La transmission est au cœur de son fondement artistique et de sa recherche, basé sur l’échange avec cette jeune génération. Pour son projet, la compagnie a été lauréate du prix Paris Jeune Talent 2010 et a reçu le soutien d’organismes publics tels que la mairie de Nanterre et la Direction Départementale de la Cohésion sociale du 92 en gagnant un Défi Jeune avec le dispositif « Envie d’Agir ».