Au revoir Pays

Mot de l'auteur

"L’idée d’écrire ce texte a germé un soir de Noël, alors qu’une de mes tantes, passablement éméchée, laissa échapper un détail de la vie de ma famille en camp de réfugiés. Je n’avais jamais vraiment su pourquoi et comment ma famille avait quitté le pays, ni les circonstances exactes de ma naissance. Seule ma carte décernée par l’OFPRA m’indiquait que j’étais réfugiée politique et apatride. Aucun des « grands » ne parlait jamais « d’avant ». Depuis ce soir-là je n’ai eu de cesse de les harceler, dictaphone à la main, pour me faire raconter l’histoire entière. Il a été très difficile de les faire parler de cette période de leur vie. Certains se sont fermés comme des huîtres, d’autres se sont focalisés sur des souvenirs douloureux et les larmes les ont empêché de continuer plus longtemps. Il est rapidement devenu évident que chacun recelait des péripéties qui auraient pu être les sujets d’innombrables livres: l’un avait déserté l’armée dans laquelle il avait été enrôlé de force et avait traversé le Mékong à la nage, l’autre avait été enfermé 5 ans dans un camp de rééducation et avait finalement réussi à acheter sa liberté aux autorités, un autre était sorti du pays sous prétexte d’un stage communiste à Moscou et en avait profité pour rejoindre la France par la route, une autre encore avait perdu son mari dans une émeute, etc.… Avec du temps et de l’obstination, j’ai fini par extorquer le récit de l’exil des membres de ma famille. Si j’avais grandi en ignorant les circonstances qui avaient amené ma famille ici, il était fort probable que d’autres soient dans le même cas. Et là je me suis dit : impossible que cette histoire reste dans un tiroir, il faut que je la raconte."

 

Thiane Khamvongsa